Vincent Schmid, responsable.
Notre monde contemporain connaît des mutations extrêmement profondes, qui se répercutent dans tous les secteurs de la culture et de l’existence. Quelles propositions spirituelles et philosophiques pour accompagner les hommes et les femmes sur le chemin parfois périlleux des changements ?
Comme son nom l’indique, le Forum entend libérer la parole en ouvrant un débat auquel chacun est invité à participer sans exclusive, à partir d’un apport précis donné par Vincent Schmid ou un invité.

Interview de Vincent Schmid
Quel est votre parcours ?
J'ai toujours eu un goût prononcé pour les idées. Je me définis volontiers comme un intellectuel ayant le souci d'être compris de tous. Je fais mien le mot de Boileau : " Ce qui se conçoit bien, s'énonce clairement."
Avant de m'orienter vers le pastorat, j'ai étudié et enseigné la philosophie dans les collèges et les lycées. Je n'ai pas le sentiment d'avoir tourné le dos à ma vocation première mais de la poursuivre, d'une autre manière, dans le domaine de la spiritualité. Bien que pasteur, je crois que ne suis resté foncièrement un "agitateur d'idées".
"Agitateur d'idées" dans quels domaines ?
J'ai dirigé quelque temps un journal d'opinion "Le Protestant". Je collabore régulièrement avec les médias notamment France 2, et tout récemment Espace 2 autour d'une série sur le bouddhisme en Occident. Je participe à plusieurs instances de dialogue, dont l'excellent "Racines & Sources" conduit par le Grand Rabbin Marc Raphaël Guedj.
Pourquoi ce Forum Saint Pierre ?
Il faut se rappeler que le christianisme n'est pas seulement une foi. Il est tout autant une pensée. J'ajoute une pensée qui n'est pas l'apanage des cercles universitaires, aussi respectables soient-ils. Mais une pensée populaire au meilleur sens du terme, une pensée qui s'adresse à tous.
Au cours d'un entretien, le théologien dissident Eugen Drewermann m'a dit : "Aujourd'hui les docteurs doivent être dans la rue." Ce Forum, comme son nom l'indique, c'est ma manière à moi "d'être dans la rue".
Quelles sont les idées fondamentales qui président à ce Forum ?
A l'heure d'Internet et de la mondialisation, la pensée chrétienne doit prendre le risque d'aller à la rencontre de la société globale, sans sectarisme ni arrière-pensée, en acceptant la critique et la remise en question. Il ne s'agit pas, j'insiste, d'une tentative déguisée de conversion.
Le but n'est pas d'introduire nos contemporains au christianisme mais d'ouvrir le christianisme à nos contemporains. |
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Quelles implications concrètes ?
Il s'agit de créer un échange vivant et non pas un flux à sens unique. Nous avons, nous aussi, besoin de revisiter un certain nombre de questions et donc d'entendre nos contemporains sur ces sujets souvent récurrents.
Par exemple, toutes les grandes religions étant représentées dans notre Cité, peut-on toujours affirmer que le Christ est la seule, l'unique voie ou qu'il est une voie ? Qu'en est-il du lien de la spiritualité avec l'environnement ? Comment, aujourd'hui, prendre en compte la science qui façonne notre société comme jamais dans l'histoire? Autant d'interrogations très actuelles autour desquelles le Forum Saint-Pierre invite à débattre "gratuitement", si j'ose dire, pour le plaisir. Car il y a un réel plaisir à discuter librement des questions qui nous habitent, un peu à la manière d'un "café philo" transposé à la spiritualité.
Comment construisez-vous un cycle de débats ?
Je le conçois comme une série de réflexions thématiques dont on puisse saisir le fil conducteur. En général, je puise aux sources bibliques en essayant à chaque fois de me confronter à une question concrète. Pour le choix des thèmes, je me fie à mes "antennes" pour capter ce qui semble flotter dans l'air du temps. Notre Forum a d'ailleurs failli s'appeler "L'air du temps"…
Des "temps forts" justement ?
Deux séries de débats ont connu un écho tout particulier. La première, titrée "Ce que Calvin a réellement dit" a permis de dépoussiérer et d'humaniser la statue du Réformateur de Genève. La seconde était consacrée au "Traité d'Athéologie" de Michel Onfray.
Je considère que la résurgence de l'athéisme est une chance, une occasion unique d'engager le débat… Une dame qui se déclare agnostique m'a dit un jour "Je ne vais jamais à l'église mais ici je me sens un peu à la maison." C'est une remarque très encourageante. Je serai parfaitement satisfait si l'on disait "Tiens, ces chrétiens ne sont pas enfermés dans leur bulle. On peut parler avec eux !"
Vos projets ?
Pour la suite, j'envisage une série intitulée "La foi au prix du doute", une série structurée autour de pôles contradictoires : croire et/ou douter, hasard et/ou création, destin et/ou histoire, malheur et/ou passion, pouvoir et/ou autorité…
Dans ce cadre, j'inviterai des intervenants qui nous feront profiter d'éclairages, d'angles de vue différents…
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